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Bosnie-Herzégovine : Le camp de migrants de Vucjak au bord de la catastrophe humanitaire

Eigenes Werk – 2008

Par Solène MBOUSSA

Au nord-ouest de la Bosnie, à quelques kilomètres de la frontière croate, se situe le campement de migrants de Vucjak, qualifié d’«indigne» par un récent communiqué de l’Union européenne. Débordé par l’insalubrité et le surpeuplement, le maire de la ville voisine de Bihać a pris cette semaine une décision radicale : l’arrêt de l’approvisionnement en eau et du ramassage des déchets. En agissant ainsi, il a voulu faire réagir l’Etat qui, selon ses dires, l’aurait abandonné face à ces flux de migrants. Depuis que la Hongrie a fermé ses frontières en 2015 (avec refus du programme de répartition des 160.000 réfugiés et érection de deux clôtures à ses frontières avec la Serbie et la Croatie), la Bosnie-Herzégovine est devenue une nouvelle alternative pour les migrants qui souhaitent rejoindre l’Union européenne. Entre cette année-là et 2016, 1 million de personnes avaient emprunté ‘la route des Balkans’ afin de rejoindre l’UE.

À Vucjak, les migrants ont tout d’abord été installés dans une ancienne usine désaffectée. Cependant, avec une capacité maximale de 1500 personnes, celle-ci s’est rapidement révélée être insuffisante. En effet, les associations refusent d’en accueillir de nouveaux qui arrivent par centaine tous les jours, par crainte d’émeutes et de débordements. Selon la police du canton de Bihać, entre 6000 et 7000 migrants se trouveraient actuellement sur les lieux, alors que les quatre camps gérés par l’Organisation internationale pour les migrations ne peuvent en accueillir que 3500. A l’extérieur, ces derniers dorment à même le sol, couverts parfois par des tentes de fortune, au milieu des déchets. Situé à proximité de terrains minés hérités de la guerre d’ex-Yougoslavie, certaines ONG refusent d’y travailler et l’UE a exigé sa fermeture.

L’objectif de ces migrants? Traverser le mont Plješivica, frontière naturelle avec la Croatie située à quelques kilomètres du camp, afin de rejoindre l’UE et de demander l’asile. Beaucoup d’entre eux retenteront plusieurs fois leur chance, malgré le risque de refoulement opéré – parfois violemment – par la police croate. D’autres paient des passeurs pour les emmener jusqu’à Zagreb ou en Italie. La Bosnie-Herzégovine se sent débordée face à cet afflux, une difficulté accrue par sa pauvreté et la crise institutionnelle qu’elle traverse depuis un an : les responsables des communautés bosniaque, croate et serbe ne se sont toujours pas mises d’accord pour former un gouvernement. Malgré les 34 millions d’euros débloqués par l’UE depuis 2018 pour l’aider à gérer les migrants, la situation ne s’améliore toujours pas et, à l’approche de l’hiver, beaucoup redoutent une catastrophe humanitaire. La Commission Européenne a d’ores et déjà promis une aide d’urgence de 2 millions d’euros alors que les flux de migrants semblent repartir à la hausse en cette fin d’année.

Posted in Notes d'actualité

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