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Peter Pellegrini fonde Hlas-SD: rupture ou continuité ?

Il y a quelques mois, Peter Pellegrini, l’ancien Premier Ministre annonçait qu’il quitterait le parti SMER-SD, autrefois prédominant (au pouvoir de 2006 à 2010 puis de 2012 à 2020) à moins que son Président, Robert Fico (à qui il a succédé en 2018), ne se retire. La social-démocratie slovaque connaissait alors dans une période de troubles et s’apprêtait à entrer dans une nouvelle phase de son histoire.

Depuis son départ du SMER-SD, Peter Pellegrini se présente comme le nouveau visage de la social-démocratie en Slovaquie. Cela a pris une dimension encore plus importante lorsqu’il a annoncé la création de son parti Hlas-SD (Voix-Démocratie Sociale). Un parti qui sera, soi-disant, libéré des scandales et de la corruption avec lesquels SMER-SD et Fico sont maintenant irrévocablement associés.

Peter Pellegrini lors de la présentation de son nouveau parti politique Hlas-SD – Source : DAV-DVA.

Les vieilles habitudes ont la peau dure

La fondation du Hlas-SD, qui suit donc la débâcle du SMER-SD aux élections législatives de février 2020, soulève d’ors et déjà une question évidente : le parti de Pellegrini est-il vraiment différent, ou est-il simplement plus ou moins le même mouvement avec de nouveaux visages ? Pourra-t-il vraiment rompre avec la tradition ou suivra-t-il les traces de SMER-SD, qui a vu le jour lorsque le Parti de la gauche démocratique et le Parti communiste fusionnèrent après avoir échoué à obtenir suffisamment de voix aux élections législatives de 2002 ?

Hlas-SD ne deviendra-t-il dans l’histoire moderne de la Slovaquie que la quatrième itération d’une même idée, promettant du changement, une perspective différente et une nécessaire et revigorante énergie, du professionnalisme et de l’expérience ?

Parmi les « nouveaux experts » que Pellegrini a fièrement présentés devant les caméras pour le lancement de son nouveau parti nombre sont, comme lui, tout simplement des transfuges du SMER-SD. Citons ainsi Denisa Saková (ancienne Ministre de l’Intérieur et bras droit de Róbert Kaliňák, autre ancien Ministre de l’Intérieur), Erik Tomáš (ancien fidèle de Fico), Peter Žiga et bien d’autres.

Une grande partie de la direction de Hlas-SD a, par le passé, été accusée ou soupçonnée de corruption et de distribution de pots-de-vin alors qu’elle occupait des fonctions gouvernementales (pour plus de détails, vous pouvez consulter la liste détaillée de tous les méfaits commis par des membres des gouvernements de Fico et Pellegrini, publiée par un député slovaque ici). Alors, sont-ce véritablement des leaders politiques qui espèrent rajeunir la social-démocratie en Slovaquie ? Ou seraient-ce plutôt des opportunistes qui sautent d’un bateau qui coule ?

Panneau électoral (2016) où figure Robert Fico à l’époque candidat à sa réélection en tant que Premier Ministre – Source: DW.

On peut supposer sans trop de risques qu’il n’y a rien de vraiment nouveau chez le Hlas-SD : ni son leader, ni ses bailleurs de fonds, ni ses sponsors, ni ses membres. Tout dans le nouveau parti de Pellegrini vient directement du SMER-SD et cette mise en scène équivaut seulement à une tentative de dissimuler et de prendre ses distances par rapport aux années de scandales d’un parti nominalement social-démocrate qui a dirigé la Slovaquie pendant la majeure partie des 15 dernières années. Les membres du Hlas-SD clament aujourd’hui avec enthousiasme à quel point leur rival SMER-SD est brisé et corrompu. Pourtant il y a quelques mois seulement, ils faisaient campagne pour le parti de Fico lors des élections législatives de 2020.

Perspectives d’avenir

Le Hlas-SD repose en grande partie sur l’attrait personnel et la popularité de son leader, Peter Pellegrini, qui, lors des élections de 2020, a obtenu plus de 413 000 votes préférentiels, soit un peu moins que l’actuel Premier ministre Igor Matović (en comparaison, Fico a recueilli moins de 250 000 votes préférentiels). Pellegrini, qui est devenu Premier Ministre à la suite de l’onde de choc provoquée par l’assassinat du journaliste Jan Kučiak en 2018, est aujourd’hui considéré par l’opinion publique comme l’un des hommes politiques les plus fiables de Slovaquie.

Une grande partie de l’électorat du SMER-SD, et peut-être même au-delà, pense que Pellegrini est différent, honnête dans ses intentions et qu’il a un parcours bien plus propre et sans tache que son ancien patron Fico et d’autres membres haut-placés de ce parti. Beaucoup lui attribuent également – et bien plus qu’à l’actuel Premier Ministre Matović – le succès relatif la bonne gestion de l’épidémie de Covid-19, malgré les accusations de corruption liées à l’achat de masques faciaux alors qu’il était encore Premier ministre.

Le parti de M. Pellegrini bénéficie d’un soutien populaire important. En effet, un récent sondage de l’agence Focus indique que Hlas-SD serait arrivé en deuxième position, avec un score de plus de 19% si les élections avaient eu lieu en juin 2020. Une conclusion paradoxale, mais envisageable, de cette popularité serait que Hlas-SD entre dans une coalition avec le SMER-SD et, peut-être, un autre parti politiquement ambigu (comme Sme Rodina de Boris Kollar, qui fait aujourd’hui partie de la coalition quadripartite au pouvoir) pour obtenir une majorité au Parlement lors des prochaines élections.

Dans ce scénario fictif mais pas irréaliste, Hlas-SD ne ferait que devenir le véhicule du retour de SMER-SD au pouvoir. Voilà pour le changement tant attendu. Mais l’espoir n’est pas mort! Au lieu de rester de mèche avec d’innombrables personnalités politiques ayant joué un rôle majeur dans le système de corruption systémique slovaque, pourquoi n’utiliserait-il pas son haut niveau de popularité pour vraiment prendre ses distances avec les anciens du SMER-SD afin de réellement rajeunir la sociale démocratie en Slovaquie ?

Par Mark Szabo. Cet article a été publié initialement en anglais sur le site de notre partenaire Kafkadesk puis traduit par nos soins.

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