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« Shut the Fuck up ! » – La jeune génération ukrainienne ne se taira pas

Taisiia Kutuzova, réalisatrice du documentaire "Shut the Fuck up !" répond à nos questions à l'occasion de la réception de son prix des Droits de l'Homme.

Taisiia Kutuzova

Taisiia Kutuzova est une réalisatrice ukrainienne, née en Crimée et basée à Kyiv. Depuis 2014, elle travaille comme vidéographe pour Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL). Parallèlement, Taisiia a filmé et réalisé deux courts-métrages documentaires : Alive and Undefeated (2016) et Youth 1927 (2017). En 2017, elle a commencé à filmer Serhiy, le principal protagoniste de son premier long métrage documentaire « Shut the Fuck Up ! » À l’automne 2020, elle est devenue la seule réalisatrice ukrainienne à recevoir une bourse du Bertha Fund de l’IDFA à Amsterdam pour développer le projet.

Euro Créative: En décembre, vous avez remporté le prestigieux prix des Droits de l’Homme de la République française « Liberté, Égalité, Fraternité«  pour votre documentaire « Shut the Fuck up !« . Toutes nos félicitations ! Vous recevrez celui-ci officiellement le 5 février à la résidence française de Kyiv. Pourriez-vous nous expliquer l’histoire qui se cache derrière votre documentaire « Shut the Fuck up ! » ?

Taisiia Kutuzova: « Shut the Fuck up ! » est une phrase typique que nos fonctionnaires utilisent contre les militants en Ukraine. Un des fonctionnaires de Hatne – la petite ville de mon personnage principal Serhiy Chagarov – l’a dit à Serhiy lorsqu’il a protesté pendant que l’hymne de l’Ukraine était joué avant la réunion du Conseil Municipal de la ville. Pourquoi Serhiy s’y est-il opposé ? Selon lui, il est hypocrite d’écouter l’hymne national avant une réunion au cours de laquelle les fonctionnaires vont voler des terres à la communauté. Serhiy refuse de l’accepter pendant que les fonctionnaires refusent de penser plus loin que leur intérêt personnel.

Nos fonctionnaires croient souvent que le pouvoir leur appartient mais il appartient en fait au peuple qui l’a lui même délégué aux fonctionnaires. Malheureusement, en Ukraine, il est très difficile de faire tomber un homme politique alors qu’il est extrêmement simple de menacer et même d’attaquer un militant qui n’a pas de mandat et qui n’a ni la police ni les tribunaux comme soutiens. Nous vivons dans une réalité parallèle mais je suis certaine que les militants parviendront à remettre de l’ordre en Ukraine.

Euro Créative: Vous avez mentionné le personnage principal du documentaire, Serhiy. Lorsque vous avez commencé votre film, il était un adolescent luttant contre les politiciens corrompus de sa ville natale de Hatne, dans la banlieue de Kyiv. Il a désormais 20 ans et s’est présenté aux élections locales en octobre dernier. Comment décririez-vous l’évolution de Serhiy ces dernières années ?

Taisiia: Serhiy grandit et il est confronté chaque jour à la réalité des choses. Quand j’ai rencontré Serhiy, il commençait tout juste à écrire des articles pour les médias locaux et il exposait les problèmes de sa communauté sur Facebook. Il est devenu le plus jeune lanceur d’alerte de sa communauté. Après quelques années, son enquête a été publiée dans Ukrainska Pravda – l’un des médias les plus respectés d’Ukraine.

« Serhiy surmonte ses peurs quotidiennement. Il a été menacé, il a été attaqué, mais il est devenu plus fort après chaque épreuve. »

Aujourd’hui, Serhiy est étudiant en droit et il travaille comme assistant de la célèbre avocate ukrainienne Yevheniya Zakrevskaya. Elle est l’avocate des familles des victimes de Maidan ainsi que l’avocate de la famille de Kateryna Handzyuk. Kateryna était une militante de la région de Kherson qui a été tuée en 2018. Cette même année, quelqu’un avait d’ailleurs jeté une bombe dans le jardin de Serhiy. Mais, Serhiy surmonte ses peurs quotidiennement. Il a été menacé, il a été attaqué, mais il est devenu plus fort après chaque épreuve. L’année dernière, lors des élections locales, Serhiy s’est présenté et a fait ses premiers pas en politique devenant l’assistant d’un groupe d’opposition dans sa ville.

Euro Créative: Vous nous avez dit que Serhiy a subi des violences et de graves intimidations. Vous avez connu des problèmes similaires puisque vous avez été agressée par un officier de police cet automne… Votre travail de Réalisatrice d’un documentaire sur la corruption est-il difficile ?

Taisiia: Il y a quatre ans, un député a agressé Serhiy en plein milieu d’une réunion du Conseil Municipal. Il y a trois ans, quelqu’un a jeté la bombe dont je vous parlais dans son jardin. Au cours de ces quatre dernières années, Serhiy a essayé de traduire ses agresseurs en Justice, mais les forces de l’ordre sont toujours parvenues à saboter le processus. Il est particulièrement énervant de traiter avec des officiers de police qui ne comprennent pas pourquoi il est important d’enquêter sur les attaques contre les militants de la société civile. Tout agent de la force publique devrait connaître le nom de la militante Kateryna Handziuk, qui a été tuée il y a trois ans à Kherson. L’échec des enquêtes sur ces affaires montre l’échec de la réforme des forces de l’ordre en Ukraine.

Un homme tente d’enlever la bannière déployée par Serhiy – Source: Taisiia Kutuzova.

L’affaire à laquelle j’ai été confronté à Hatne ne fait que le confirmer. Dans la nuit du 6 octobre 2020, je filmais Serhiy pendant la campagne électorale, lorsque j’ai été attaqué par des policiers en civil. Ils m’ont attaqué parce que je les avais filmés en vidéo – alors que cela est tout à fait légal. Ils m’ont tordu les bras, m’ont enlevé ma caméra et ont endommagé le microphone. De plus, d’autres policiers regardaient ce qu’il se passait et aucun d’entre eux ne m’a aidée. J’ai déposé plainte à la police et au Bureau d’enquête de l’État, mais ils ont refusé de me reconnaître en tant que victime pendant des mois. Les choses ont finalement changé lorsque j’ai publié une vidéo de l’attaque sur Facebook, ils l’ont finalement fait et ont ouvert un dossier. Cependant, l’enquête est toujours en cours après tout ce temps bien que je possède les preuves en images de tous ces événements. Qui plus est, les visages de mes agresseurs sont tout à fait reconnaissables sur la vidéo.

Nous sommes donc empêtrés dans les mêmes eaux marécageuses avec Serhiy. D’ailleurs, le nom de cette ville, « Hatne », vient du mot « hatka » qui désigne une passerelle en bois servant à traverser un marais. Cette passerelle pourrie nous a tous fait tomber dans les marécages de la cupidité et de l’indifférence, mais c’est à nous d’en sortir et de reconstruire une passerelle solide dans le respect de l’État de droit.

Euro Créative: Vous avez auparavant travaillé comme journaliste, vous avez probablement connu des problèmes similaires lorsque vous enquêtiez sur certaines affaires, surtout celles ayant un rapport avec la corruption. La corruption semble être un phénomène très répandu en Ukraine, qui existe notamment au niveau local. Hatne est-il un exemple symbolique de ces problèmes ?

Taisiia: Hatne est une version miniature de l’Ukraine. En effet, la corruption locale reflète la corruption existant partout dans le pays avec en parallèle des attaques répétées contre les militants. Hatne est située dans la banlieue de Kyiv, il s’agit donc d’une localité très attrayante pour les responsables corrompus. C’est bien dans ces petites villes que nous voyons avec le plus d’éclat la lutte des militants pour un avenir meilleur. Malheureusement, au cours des deux dernières années, le nombre d’attaques contre les militants n’a fait que croître. En 2019, 83 attaques contre des militants ont été commises, l’année dernière – 101… L’impunité totale des agresseurs augmente d’ailleurs le niveau de violence.

De nombreux projets immobiliers voient le jour dans la ville de Hatne – Source: Taisiia Kutuzova.

Euro Créative: Dans la bande annonce de votre documentaire, il semble que les actions de Serhiy aient attiré beaucoup d’attention de la part de la communauté locale. Nous pouvons y voir certaines personnes protester avec lui tandis que d’autres semblent être très critiques à l’égard de ses actions. Si la corruption touche l’ensemble de la communauté locale, tout le monde ne semble pas la percevoir comme un problème, n’est-ce pas ? Comment expliquer une telle chose ? Dans ce contexte, devrions-nous également distinguer les attitudes des personnes âgées et celles des jeunes générations ?

Taisiia: Malheureusement, beaucoup de personnes issues des anciennes générations sont habituées à vivre selon un vieux principe: elles attendent un planificateur économique de type soviétique ou « la main forte de Staline » qui apportera l’ordre. Ils n’ont aucunement l’intention de faire face à leurs responsabilités individuelles. C’est en ce sens que les militants de Hatne se battent, leur objectif n’est évidemment pas le pouvoir mais la construction progressive d’une société civile. Si l’on y parvient, l’ensemble de la population finira par s’interroger sur le fait que les autorités construisent un stade national dans leur petite ville alors qu’il n’y a même pas de système d’égouts centralisé, de jardins d’enfants ou d’écoles.

« Serhiy est né dans les années 2000. Il est libre de tout vestige culturel ou politique issu du passé soviétique. Je crois fermement que de telles personnes vont grandir, acquérir de l’expérience et changer notre société. »

Serhiy est né dans les années 2000. Il est libre de tout vestige culturel ou politique issu du passé soviétique. Je crois fermement que de telles personnes vont grandir, acquérir de l’expérience et changer notre société. Ce peuple finira par détruire la pyramide des « parrains, marieurs et frères« , elle brisera l’esprit de corps en joignant les efforts individuels de chacun et chacune sans pour autant jouer des coudes.

Euro Créative: Nous savons cependant que la corruption n’implique pas seulement les politiciens locaux mais aussi les politiciens nationaux. Plusieurs hauts fonctionnaires ont été impliqués dans plusieurs affaires de corruption ces dernières années. Pourtant, Porochenko et Zelenskyy se sont tous deux présentés comme des leaders de la lutte anti-corruption. Malgré la mise en place de certains mécanismes de lutte contre la corruption, les deux hommes politiques ont été et sont toujours très critiqués à cet égard. Avez-vous constaté une amélioration depuis 2014 ?

Taisiia: Petro Poroshenko est arrivé au pouvoir après la révolution de Maidan et j’avais l’espoir qu’à partir de ce moment, tout allait changer rapidement et avec succès. J’avais tort. Pourtant, nous avons réalisé une chose essentielle sur la place Maidan – nous avons choisi le vecteur européen de développement pour notre société. Une autre exigence clé de Maidan était la lustration. Petro Poroshenko a donc annoncé la mise en place de réformes et au cours de sa première année – voire de ses deux premières années – de pouvoir nous pouvions vraiment sentir le changement. Un exemple visible était le recrutement de nouvelles personnes dans les services réformés.

Cependant, aujourd’hui il est clair que nous sommes revenus à la case départ. Les personnes qui étaient en politique et dans d’autres services gouvernementaux avant Maidan sont revenues à leur poste. Par exemple, nous pouvons parler de l’évolution des réformes des services de Police. Les gens de notre ancienne Militsiya sont restés aux postes clés tandis que les jeunes idéologues s’étant engagés dans la Police après Maidan sont partis, simplement parce que l’idée pour laquelle ils étaient allés servir s’est évanouie. Une nouvelle certification a été annoncée et beaucoup d’anciens agents de la force publique ont été licenciés, mais tous ont été facilement réintégrés par les Tribunaux. Une corruption totale, à tous les niveaux l’explique aisément.

« Et même si en tant que militants ou journalistes nous sommes attaqués en Ukraine, cela ne nous arrête pas, nous ne faisons que devenir plus forts et nous continuerons à briser le silence. »

Prenons l’exemple des policiers qui m’ont attaqué – deux d’entre eux avaient servi dans la Militsiya avant la réforme. Faut-il donc s’étonner qu’ils attaquent les gens avec des caméras ? L’un de ces policiers a été pris en flagrant délit de corruption, il avait sur lui 500.000 hryvnias le lendemain de son attaque contre moi. Il a été envoyé dans un centre de détention préventive puis a été renvoyé de la police. Devinez ce qu’il a fait après cela ? Le même jour, il a intenté une action en justice pour obtenir réparation. J’ai essayé de participer à la séance publique de son tribunal, mais je n’ai pas été autorisée à y entrer. C’est inconcevable… Seule la transparence pourra changer réellement les choses mais en utilisant le prétexte de la « quarantaine » et tant d’autres choses, les forces de l’ordre, les Tribunaux et les fonctionnaires nous sont toujours inaccessibles.

Pour les réformes, nous avons besoin de personnes courageuses qui mettront fin à l’influence des oligarques sur la politique, mais les changements sont lents. Et pourtant, oui, nous avons des améliorations et la communauté internationale joue un rôle important à cet égard. Malheureusement, notre gouvernement ne réfléchit à des réformes juste qu’à l’approche des paiements du FMI. Mais avant tout, nos changements sont mis en œuvre par des militants tels que Serhiy Chagarov. En outre, après Maidan, de nombreux journalistes talentueux et motivés ont émergés en Ukraine et ils enquêtent actuellement sur les systèmes de corruption informant la société sur les différents problèmes existant dans notre pays.

Hatne n’est qu’un exemple d’une petite communauté de la banlieue de Kyiv, où les militants se sont unis pour créer une société civile et leurs propres médias. À l’époque de notre ex-président Viktor Ianoukovitch, la majorité des gens avaient tellement peur de déclarer haut et fort leur position. Sept ans après son départ, notre courage concernant la lutte pour nos droits s’est tempéré en nous et une nouvelle génération grandit. Et même si en tant que militants ou journalistes nous sommes attaqués en Ukraine, cela ne nous arrête pas, nous ne faisons que devenir plus forts et nous continuerons à briser le silence.

Euro Créative: La Révolution de Maidan est appelée la « Révolution de la dignité » mais les citoyens ordinaires souffrent toujours des indignités de la corruption comme l’illustre parfaitement l’affaire d’Hatne. Serhiy et vous-même êtes les exemples d’une génération engagée ? Une génération qui construit une société civile de plus en plus structurée, capable de façonner son propre avenir – que nous espérons brillant – en Ukraine.

Taisiia: Après Maidan, nous avons été submergés par la guerre hybride ayant cours dans l’Est de l’Ukraine. Les manifestants de Maidan sont partis s’engager dans l’Armée comme volontaires. Aujourd’hui, les actions militaires ne sont plus aussi actives et nous avons le temps de nous concentrer sur la construction de notre société civile. N’oublions cependant pas que des gens continuent de mourir dans cette guerre, parce que la Russie ne veut pas reconnaître notre indépendance. Néanmoins, nous suivons notre propre chemin et nous nous battons pour que les lois soient respectées.

Serhiy en discussion avec un fonctonnaire – Source: Taisiia Kutuzova.

Ma génération est la génération de Maidan et la plupart d’entre nous continuent à travailler à l’implémentation de changements profonds. Serhiy, 20 ans, continue son Maidan clandestin. D’autres personnes sont inspirées par son exemple. La plupart de ces personnes sont plus âgées que lui, et pourtant, elles ne peuvent tout simplement pas regarder passivement et rester à l’écart d’un jeune homme qui se bat pour ses droits mais aussi et surtout pour ceux de sa communauté. Tous mes amis admirent l’exemple de Serhiy et continuent à l’aider autant qu’ils le peuvent. En nous soutenant les uns les autres, nos connaissances et notre créativité se démultiplient.

Euro Créative: Nous avons beaucoup parlé de la corruption mais votre documentaire montre aussi deux autres dimensions essentielles du combat de Serhiy : la défense de l’environnement et des droits de l’Homme. Ces deux sujets sont-ils importants pour la société civile en Ukraine ?

Taisiia: Ces deux sujets sont directement liés à la corruption. La pollution de l’environnement et les violations des droits de l’homme sont une conséquence directe des schémas de corruption en Ukraine et dans le monde. Les grandes entreprises construisent des immeubles de grande hauteur sans système d’égout centralisé, c’est la raison pour laquelle un lac de merde existe en plein milieu d’Hatne. Vous savez lorsqu’un fonctionnaire ne pense qu’à ses intérêts pécuniers, il oublie les choses les plus simples. Pourquoi les fonctionnaires ont-ils commencé à attaquer et à menacer Serhiy ? Parce qu’il s’est battu pour son droit à un lac propre. Serhiy a exigé des officiels de sauver la communauté, mais ils ont essayé de le faire taire. Depuis plusieurs années, les militants de Kyiv défendent la zone verte sur le territoire de Protasov Yar contre le promoteur qui veut transformer Kyiv en un grand espace continu de béton et d’immeubles. Ces militants sont également menacés mais continuent de se battre.

Les conséquences de la corruption sont aussi environnementales à Hatne – Source: Taisiia Kutuzova.

Euro Créative: Comment les citoyens réagissent-ils généralement à votre travail en Ukraine ? Qu’en est-il des autorités ? Votre documentaire n’a pas été financé par les autorités nationales et a également été exclu d’un concours sans aucune explication. Comment faut-il comprendre ces actions ?

Taisiia: Les Ukrainiens réagissent positivement. Les jeunes de toute l’Ukraine et du monde entier ont le droit de prendre part aux changements positifs de leurs communautés. Je reçois beaucoup de lettres de personnes de diverses régions ukrainiennes qui ont été inspirées par Serhiy et qui veulent projeter le film avec lui dans leurs communautés respectives, qui veulent partager leurs expériences avec lui et apprendre les nouveaux instruments juridiques de lutte contre la corruption dans l’espoir d’un avenir meilleur.

« Vous m’avez interrogée sur les autorités ? Elles ne m’aiment pas, tout simplement… »

Vous m’avez interrogée sur les autorités ? Elles ne m’aiment pas, tout simplement… Une fois, le Maire de Hatne a ordonné à son subordonné d’admettre Serhiy au Conseil Municipal et m’a empêchée de venir avec lui à l’intérieur. L’année dernière, nous avons soumis un projet pour la compétition Derzhkino (Fonds national du film) et nous étions heureux que le comité d’experts ait classé notre projet parmi les plus solides – nous avons été inclus dans les cinq meilleurs projets. Mais au dernier moment, le Conseil de surveillance de Derzhkino a rayé notre projet de la liste des gagnants. C’est un processus complètement opaque.

Si nous voulons obtenir un financement international – et c’est ce que nous voulons – le projet a besoin d’un minimum de soutien au niveau national. Mais si les acteurs du marché international comprennent qu’il n’existe pas de règles claires pour le financement des films en Ukraine, cela peut affecter toute l’industrie cinématographique ukrainienne. Malheureusement, notre projet n’est pas le seul que Derzhkino a supprimé de la liste des gagnants, et cette tendance est alarmante.

Euro Créative: Entre-temps, vous avez reçu plusieurs prix de festivals internationaux de cinéma. La reconnaissance internationale (et professionnelle) est-elle importante pour vous ?

Taisiia: Sans aucun doute. La reconnaissance donne de la confiance pour la suite. Mais ce n’est pas seulement de la reconnaissance, mon projet et moi grandissons en partageant des expériences avec la communauté internationale. La participation à des projets internationaux m’ouvre une vision plus large du monde. Je suis une jeune réalisatrice et tout cela est nouveau pour moi. Derrière tout cela, mes victoires donnent aussi confiance à mon protagoniste Serhiy, symboliquement, toutes ces victoires lui appartiennent.

Serhiy est le protagoniste principal du documentaire « Shut the Fuck up ! » – Source: Taisiia Kutuzova.

Euro Créative: Mentionnons une fois de plus le Prix des Droits de l’Homme que vous avez reçu de la part de la France. Plus qu’une réalisatrice ou qu’une journaliste, vous considérez-vous comme une militante ?

Taisiia: Un activiste travaille pour changer la communauté, pour rendre son environnement meilleur. C’est ce que je fais en réalité. Mais la communauté n’est pas prête pour cela partout, comme nous le voyons. L’année dernière, mon ami et moi avons planté un arbre devant ma fenêtre. Je sortais souvent pour l’arroser et pour l’admirer, mais seulement l’espace d’un mois, quelqu’un l’avait déjà volé. Alors aujourd’hui, j’espère que le voleur l’a quand même planté quelque part d’autre.


L’équipe d’Euro Créative tient à remercier chaleureusement Taisiia Kutuzova pour son temps et sa disponibilité ainsi que Stéphane Siohan pour son aide. Nous vous encourageons vivement à soutenir Taisiia et l’ensemble de l’équipe de « Shut the Fuck up ! » en participant à leur financement, disponible via ce lien.

Cette entrevue a été réalisée par Romain Le Quiniou.

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