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Le nouveau programme scolaire suscite la controverse en Hongrie

Article publié initialement sur le site de notre partenaire Kafkadesk et écrit par Ábel Bede.

La diminution du nombre de leçons obligatoires par semaine de 35 à 34 pour les élèves de 9 à 12 ans, la fusion de matières scientifiques – autrefois séparées – en une seule et même discipline ou encore l’introduction de nouveaux auteurs dans le corpus littéraire. Telles sont certaines mesures incluses dans les plans du nouveau programme scolaire national – annoncé par le Ministère hongrois de l’Education la semaine dernière.

Ces nouveaux plans ont été accueillis avec beaucoup de critiques. L’intention du Gouvernement semble être de de donner au programme scolaire un « caractère national » plus marqué. Il n’est pas surprenant que le traitement de la langue et de la littérature hongroises, ainsi que de l’histoire, suscite quelques controverses. Le professeur d’histoire Balázs Bárány a même qualifié le programme de « bombe nucléaire du kulturkampf de droite » dans un article d’opinion pour le journal en ligne Azonnali.

Portrait d’Albert Wass

C’est notamment l’introduction d’un roman d’Albert Wass dans le corpus littéraire pour les lycéens qui semble avoir suscité le plus de réactions négatives. En effet, Wass est connu pour avoir publié un certain nombre d’ouvrages antisémites et a été accusé d’être responsable du meurtre de paysans roumains et de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les défenseurs de son étude, dont Zoltán Pokorni – Maire du douzième arrondissement de Budapest – ont fait valoir que l’étude d’œuvres provenant d’écrivains controversés (tels qu’Albert Wass ou József Nyírő) permettra aux élèves de discuter et de débattre sur le fait de savoir si la vie d’un artiste peut être séparée de la qualité de ses œuvres littéraires.

Plans pour un nouveau mémorial commémorant le centenaire du Traité de Trianon à Budapest. Source: Hungarytoday.hu

Évidemment, cette ‘guerre de la culture’ a également affecté le domaine de l’histoire et de son enseignement dans les écoles du pays. Par exemple, lorsque les élèves apprendront l’existence du traité de Trianon, le pacte qui a fait perdre à la Hongrie ⅔ son territoire, ils devront le qualifier de diktat au lieu de traité. En parallèle, les batailles perdues par les Hongrois dans la région d’Árpád – avant la formation du Royaume de Hongrie – ont disparu du programme d’étude. C’est aussi le cas des attaques Tatars du XIIIe siècle qui avaient conduit à des pillages et des destructions sans précédent à travers les territoires hongrois. La montée de l’Islam sera également retirée des salles de classe des écoles primaires et secondaires dans le nouveau programme.

Outre le combat idéologique autour de la culture, d’autres critiques ont été formulées. Ainsi, dans un entretien avec Kafkadesk, un enseignant en littérature à la retraite nous rappelle que « l’introduction d’un programme influencé par la droite n’est pas la question principale« . Selon lui, « Le gros problème est que pendant que le nombre de classes de littérature et de langues a diminué de 4 à 3, la charge de travail pour les élèves a de son côté augmenté. Le programme d’études exigera désormais l’enseignement détaillé de dix parcours littéraires de haut niveau, ce qui laissera moins de temps pour la pensée critique et le débat. En termes de méthodes d’enseignement et d’apprentissage, cela nous ramène environ 50 ans en arrière« .

Même le Cercle national des éducateurs – un groupe mis en place par le Gouvernement – partage cette critique. Péter Horváth, le président de l’institution a déclaré à 444.hu qu' »à quelques exceptions près, le nouveau programme d’études ne parvient pas à introduire la réduction indispensable de la charge de travail qui aurait permis un enseignement basé sur l’apprentissage actif« .

Notons tout de même que l’un des changements considérés comme très largement positif est l’introduction de l’histoire locale dans chaque école. Il y aura des cours d’histoire axés exclusivement sur l’histoire locale et toutes les écoles pourront développer leur programme de manière individuelle. Toutefois, les critiques affirment que malgré la tentative de donner plus de liberté aux écoles dans la création de leur programme, le programme national continue de favoriser principalement les écoles secondaires d’élite de Budapest car elles seules ont les ressources nécessaires pour introduire les nouvelles réformes aussi rapidement.

Pour l’heure, on ne sait pas dans quelle mesure ces changements se feront ressentir dans les salles de classe. Il est de notoriété publique que les enseignants peuvent s’écarter du programme officiel tant qu’ils prétendent suivre celui-ci dans les registres et plans de cours officiels. Toutefois, nombre de ces changements, en particulier les œuvres littéraires récemment ajoutées au corpus, seront probablement nécessaires pour la réussite de l’examen final et commun à tous les élèves (équivalent du BAC, appelé Érettségi en Hongrie). Les nouveautés introduites par le nouveau programme pourraient donc rapidement devenir incontournables.


Notre partenaire Kafkadesk

Fondé à Prague en 2018, Kafkadesk est un site d’information et d’analyse anglophone sur l’Europe centrale et les pays du groupe de Visegrád (Pologne, Hongrie, Slovaquie et République tchèque), visant à présenter la région dans toute sa richesse et sa diversité et à construire des ponts entre ‘Est’ et ‘Ouest’.

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