L’interminable attente de Belgrade pour son métro

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Article écrit par Nikola Đorđević et publié initialement en anglais par notre partenaire Emerging Europe.

L’attente de Belgrade pour la mise en place de son métro est-elle enfin sur le point de s’achever ?

Cela fait maintenant près d’un siècle que l’idée de construire une ligne de métro dans la capitale serbe a été évoquée pour la première fois. La ville, qui compte aujourd’hui plus de 1,3 million d’habitants, est la plus grande d’Europe à ne pas disposer d’un tel système de transport en commun.

Pour les citoyens de la capitale serbe, un métro ne serait pas seulement une bonne chose: c’est même une nécessité! Depuis des décennies, la ville est confrontée à des problèmes d’embouteillages, car le nombre de voitures et de véhicules de transport public a augmenté dans les rues de la capitale. Actuellement, Belgrade compte presque exclusivement sur les transports publics en surface, un système dense et compliqué de bus, de trolleybus et de trams.

Ce systèmes entremêlés provoquent ainsi des embouteillages quotidiens dans la ville, en particulier l’après-midi, lorsque les travailleurs de Novi Beograd, quartier désormais rempli de sièges et de bureaux d’entreprises, se rendent dans d’autres municipalités à proximité. Un trajet de quelques kilomètres seulement – qui prendrait normalement 10 minutes – peut régulièrement devenir une épreuve de 40 minutes aux heures de pointe.

Il existe une solution très simple à ce problème : un système de transport en commun souterrain qui pourrait relier les deux extrémités de la ville et ainsi réduire considérablement les temps de trajet.

Un échec permanent

L’histoire du métro de Belgrade est celle d’un échec permanent. De nombreuses administrations municipales ont essayé de le faire démarrer, mais aucune n’y est parvenue jusqu’à présent.

C’est en 1923 que l’idée a été avancée pour la première fois, mais il a fallu attendre la fin des années 1930 pour que l’on réfléchisse sérieusement à la manière dont un système de métro devrait être construit, lorsque les trois premières lignes ont été officiellement proposées. Ces plans seront toutefois abandonnés peu après le début de la Seconde Guerre mondiale.

Belgrade dans les Années 1920 – Source: Narodna biblioteka Srbije.

Après la guerre, les priorités se sont déplacées vers la reconstruction de la ville, qui avait subi de graves dommages, et vers la construction de Novi Beograd, un projet tentaculaire, brutal et utopique créé pour loger les dizaines de milliers de travailleurs qui affluaient dans la capitale depuis toute la Yougoslavie. Pendant cette période, la ville a favorisé des alternatives moins coûteuses au métro, comme les trams et les trolleybus, qui, avec les bus, constituent comme nous l’avons vu l’épine dorsale du système de transport en commun de la ville à l’heure actuelle.

Bien que l’idée de construire un métro ait été relancée de temps à autre, elle n’a jamais dépassé le stade de la planification. C’est dans les années 1970, sous la direction du maire Branko Pešić, que la ville s’est rapproché de la construction du métro. Un nouveau plan a été élaboré et les autorités municipales ont même créé un Département dédié au métro. En 1976, après une visite à Munich, qui possédait à l’époque ce qui était considéré comme le système de métro le plus moderne d’Europe, le plan le plus détaillé à ce jour pour un métro de Belgrade a été présenté. Ironiquement, si ce plan avait été mis en œuvre, la construction de la dernière section du système de 74 kilomètres aurait été achevée en 2021.

Mise en sommeil des plans

Dans les Années 1980, la ville a introduit une taxe spéciale pour financer le métro, après que la Croatie et la Slovénie se soient opposées à l’idée que l’Union soviétique finance la construction. Cette taxe a permis de récolter 200 millions de dollars américains, mais le métro a soudainement été déclaré trop cher et les plans ont été abandonnés par les responsables de la ville et en particulier Radoje Stefanović.

Ce dernier n’hésitait pas à rejeter la responsabilité de l’arrêt du projet à l’équipe travaillant sur le projet depuis 12 ans déclarant ainsi: « Ils ont creusé un trou et y ont enfoui les plans du métro« . En parallèle, il fût décidé d’étendre le réseau de tramway.

Pourtant, Belgrade n’est pas entièrement dépourvue de transports sous-terrains. Deux stations existent, l’une située proche du monument à Vuk Karadžic et l’autre à proximité du Parc Karađorđev. Celles-ci ont été construites dans les Années 1990 et intégrées au réseau ferroviaire de banlieue (aujourd’hui connu sous le nom de BG Voz) et sont toujours opérationnelles. Cependant, de nombreux Belgradois ignorent encore l’existence de ces trains, qui relient la municipalité de Zemun à la vieille ville. Il est difficile de les blâmer, car les gares sont mal signalées et leurs entrées ressemblent à n’importe quel autre passage souterrain ordinaire, comme ceux qui parsèment la zone centrale de la ville et qui permettent aux piétons de traverser les rues.

Čekajući metroa

Au fil des décennies, le métro de Belgrade est même devenu le symbole des promesses non-tenues par Belgrade elle-même et est devenu en parallèle l’illustration de l’incompétence des gouvernements municipaux successifs et de leur manque de planification à long-terme.

Une plaisanterie courante à propos du métro de Belgrade rend hommage à la célèbre pièce de Samuel Beckett « En attendant Godot« , car en serbe, le titre de la pièce est « Čekajući Godoa« , qui rime avec « čekajući metroa« , – en attendant le métro. Godot n’est bien sûr jamais arrivé. Mais qu’en est-il du métro de Belgrade ?

Comme beaucoup d’administrations municipales avant lui, l’actuelle a également élaboré un plan. À l’origine, la construction devait commencer en 2016. Puis en 2020. Maintenant, à la fin de l’année en cours. Le dernier plan prévoit la construction de deux lignes, une de Železnik au sud-ouest de la ville à Mirijevo au nord-est. L’autre relierait quant à elle Mirijevo à Zemun.

Certains détails du plan se sont révélés controversés, comme la décision de commencer et de terminer les lignes dans des zones qui ne sont pas encore urbanisées, ainsi que les critiques habituelles qui existent avec presque tous les projets d’infrastructure à grande échelle en Serbie : le manque de transparence, le manque de planification réelle. Mais cette fois-ci, le métro pourrait bien arriver. L’entreprise française Alstom a déjà été engagée pour livrer des équipements. La construction, si elle commence un jour, prendra environ cinq ans pour être achevée.

D’ici à la fin 2026, čekajući metroa pourrait devenir une lointaine plaisanterie.

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